Mercredi matin, Pinter Zymot interroge Michael.

             Ce fut en fin de matinée, juste avant de rentrer chez lui, que Michael fut convoqué chez le proviseur afin de rencontrer un officier de police.
Simon avait disparu. Des policiers parcouraient le lycée, les élèves de sa classe avaient été interrogés et, d’une manière ou d’une autre, tout le monde (élèves, enseignants...) ne parlait plus que de ça depuis plus d’une heure. Michael était donc évidemment au courant. Il avait reçu plusieurs messages à ce sujet sur son portable dont un de sa mère et un de Kitty. Il n’avait répondu à personne. Il était 11h32.
Le proviseur présenta Michael à l’officier avant de se tenir légèrement à l’écart.

               “- Bonjour Michael. Tu sais déjà ce qui se passe, n’est-ce pas ?
- Oui. Simon a disparu.
- Nous essayons d’apprendre le plus de choses possibles à son sujet afin de savoir s’il s’agit d’une fugue, d’un enlèvement... S’il est en danger ou pas... Est-ce que tu sais des choses qui pourraient nous aider à son sujet ?
- Non, je ne crois pas. Tout le monde parle de ça mais... non.
- Tu es son meilleur ami, n’est-ce pas ?
- Peut-être, oui. On se connaît depuis qu’on est petits.
- Quand l’as-tu vu pour la dernière fois ?
- Hier matin, au lycée. On a discuté... Après je l’ai juste aperçu dans l’après-midi.
- Et ensuite ?
- Non, c’est tout.
- Tu as eu d’autres contacts avec lui ? Des appels, des messages...
- Non, nous ne sommes pas dans la même classe cette année.
- Tu penses qu’il avait l’intention de s’enfuir de chez lui ?
- Non, je ne crois pas.
- Est-ce que Simon avait des activités bizarres ces temps-ci ?
- Quel genre d’activités ?
- Est-ce qu’il t’a déjà parlé d’un certain Bertrand Pratzen ? Ou de quelqu’un qui serait venu le rencontrer hier dans la matinée ?
- Non...
- Tu en es sûr ? Ou est-ce qu’il t’aurait dit des choses qu’il t’aurait interdit de répéter ?
- Non, ça c’est sûr.
- Ecoute, Michael. Je sais très bien que cette situation rend tout le monde très nerveux. C’est tout à fait normal. Sincèrement, je ne veux pas te brusquer mais tu dois comprendre que, dans ce genre d’affaires, les premières heures d’enquête sont essentielles. C’est pour ça que je vais insister un petit peu... Les parents de Simon ont appelé la police ce matin car ton camarade a disparu de sa chambre pendant la nuit... Il a dit bonsoir à tout le monde, il est allé se coucher et, à 7h30, il n’y avait plus personne dans son lit. Il n’a emporté aucune affaire particulière à part son téléphone mais il ne répond à aucun message. Il est probablement sorti de son plein gré mais personne ne sait où il est allé et pourquoi il ne donne plus aucun signe de vie. Est-ce que tu sais, ou est-ce que tu peux imaginer, quelque chose qui pourrait nous aider ?
- Et Bertrand... Pratzen ?
- C’est l’homme à cause de qui nous sommes immédiatement intervenus et que nous avons même appelé des renforts. C’est un personnage assez mystérieux qui pourrait être lié à plusieurs affaires de disparitions d’adolescents... dont certaines se sont très mal terminées. Et nous savons qu’il est en ville depuis hier matin. Nous sommes certains qu’il venait rencontrer quelqu’un. Un jeune homme, sans doute.
- Il venait voir Simon ?
- Est-ce qu’il t’aurait contacté toi aussi ?
- Non, je ne sais pas qui c’est.
- Que sais-tu au sujet de Simon qui pourrait nous aider ?
- ...Non, rien. Il ne m’a jamais dit qu’il devait sortir de chez lui hier soir.
- Il avait l’habitude de le faire ?
- Ca nous est déjà arrivé plusieurs fois mais, ces temps-ci, Simon était plutôt du genre à passer ses nuits devant son ordinateur.
- Que faisait-il toute la nuit ?
- Je crois qu’il dialoguait sur des forums.
- Quel genre de forums ?
- Ca, je ne sais pas vraiment.
- Est-ce qu’il s’intéressait au spiritisme ?
- Au spiritisme ?
- Oui, est-ce qu’il s’intéressait aux esprits ? Ou alors aux fantômes, aux voix de l’au-delà, aux religions...
- Non, il s’intéressait plutôt aux rêves.
- Aux rêves, d‘accord. Tu peux m’en dire plus ?
- Ben...
- Ca te semble peut-être idiot mais j’ai vraiment besoin que tu m’en dises plus à ce sujet. Est-ce qu’il suivait des expériences ou des tests à ce sujet ?
- Des tests ?
- Est-ce que tu as participé à certaines de ses expériences sur les rêves ?
- Oui, il y a quelques années. Mais ça ne m’a pas plu.
- A-t-il demandé à quelqu’un d’autre de l’aider ?
- Non... Mais il m’avait présenté ça comme une sorte de jeu pour lui.”
 L’officier de police reçut alors un message sur l’écran de son téléphone. Il esquissa un léger sourire en le lisant.
 « - Bon, je vais te laisser. As-tu des raisons de t’absenter de chez toi ces jours-ci ?
- Non.
- Très bien. Tu fais partie des témoins importants de cette affaire. Cela veut dire que, cet après-midi, deux policiers passeront chez toi pour un interrogatoire approfondi : ils vont te poser plusieurs dizaines de questions sur tout ce que tu pourrais savoir d’utile, de près ou de loin, sur cette histoire. Ca sera long et certaines questions te sembleront bizarres. Monsieur le proviseur va prévenir tes parents... Sois coopératif, s’il te plait, car c’est vraiment le genre d’affaire qui doit être réglée le plus rapidement possible. Ensuite, si tu te souviens de quoi que ce soit ou du moindre détail, appelle immédiatement à ce numéro et laisse un message à mon intention. Je m’appelle Pinter Zymot, c’est écrit et c’est assez facile à retenir.
- D’accord. »
 L’officier lui tendit une carte de visite au nom de la Brigade de Recherche des Mineurs. Il était 11h45.
 « J’aimerais une dernière fois te rappeler à quel point ton témoignage peut être important. Il y a vraiment une question de vie ou de mort autour de ton ami. Le moindre détail peut être décisif... A bientôt. Rentre chez toi et attend simplement mes deux collègues. »

 

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